Lettre à Clint Eastwood (Partie 2)
Gran Torino a été pour moi une grande émotion. Pour tout vous dire, j’ai chialé à la fin. Dire adieu comme ça, à toute votre filmographie, à l’empreinte que vous avez laissé en tant qu’acteur sur le cinéma, avec autant de classe, ça m’a foutu un coup.
Pourtant, votre film est toujours sur La Corde Raide (ahah). Votre rôle est osé. Je déteste votre personnage. Ca me rassure, en fait, mes valeurs n’ont pas été écornées malgré toute l’admiration que j’ai pour vous. Votre charisme et votre carrière aurait pu me faire aimer une personne que, dans la vie, je détesterais.Ouf. Pourtant, lors de la vision de votre film, ma graphiste et moi nous avons éprouvés un certain malaise. En effet, alors que vous jouez un odieux personnage, raciste et con, avec des propos injurieux et dégueulasse, les gens dans la salle riaient aux éclats. Ca m’a vraiment refroidi. Et c’est là où vous êtes fort dans cet exercice qui est de faire un cinéma miroir de nos vies. Je ne dis pas que les gens étaient tous racistes dans la salle mais il y a une banalisation de l’irrespect de l’étranger qui m’est apparu, encore une fois. Ca fait mal, ça touche. Et ce qui me fait encore plus bondir, c’est quand je lis ça et là, des critiques et analyses qui disent “on pleure et on rit…”, “tout à la fois émouvant et drôle, le dernier Clint...”. J’en passe et des pires. C’est dur pour moi de lire ça alors que mon boulot consiste à lutter contre les injustices sociales.

Mais c’est pour ça que vous êtes fort. C’est un sacré constat du monde que vous nous proposez via votre métrage. Académique mais encore une fois plein de sous-entendus. Ce n’est pas un sous-Dirty Harry comme j’ai pu entendre. Ceux qui disent ça n’ont jamais vu un Dirty Harry de leur vie, ce n’est pas possible. Dirty Harry, c’est un film sur la fin de l’optimiste, sur la dure réalité d’un refus de l’utopie et sur les limites de l’anticonformisme.
Le parallèle est facile mais totalement différent. Le seul point commun étant la dénonciation du racisme: la scène du cambriolage de la banque tant décriée enchaîne sur une scène où un médecin noir soigne l’inspecteur. Certains critiques ont la mémoire courte.Je m’égare facilement. Vous m’impressionnez et j’ai tellement de choses à dire.
J’ai grandi avec vous Mr Eastwood et je ne le regrette pas. J’espère que mon enfant grandira avec un personnage de la même trempe que vous (pas Pikachu, si possible).
Je vous remercie encore de m’avoir salué lors de Gran Torino. J’espère que mes parents iront vous voir, ils méritent bien de vous dire au revoir, eux aussi.
Enfin tout ça pour vous dire, Mr Eastwood, que je vous aime.
Si quelqu’un pouvait lui faire parvenir cette lettre.


